2017, le "R" de l'ARODE qui signifiait "Restauration" devient "Rayonnement". Cela correspond à la situation actuelle et future de notre association.

Principes généraux

Ce ne sont pas moins de six états différents que l’orgue actuellement conservé à Eschentzwiller a connu au cours de son histoire, si l’on s’en tient aux seuls changements de composition, sans prendre en compte les changements de soufflerie, de claviers ou de tuyaux de façade :

– Jean-André Silbermann 1738

– Jean-André Silbermann 1743

– Burger vers 1849

– Alfred Berger 1930

– Alfred Kern 1954

– Daniel Kern 1988

S’il est évident que l’on ne peut prôner le retour à l’état de 1738 qui verrait la dépose du positif de dos, et si le retour aux états de 1930 et de 1954 ne peut se justifier ni musicalement ni patrimonialement, trois états pourraient être envisagés dans le cadre de la restauration à venir :

– celui de 1743, qui va être discuté dans la suite de l’étude préalable ;

– le retour à l’état de Burger ne serait pas réalisable ou du moins présenterait une part hypothétique non négligeable, dans la mesure où la composition de l’orgue transformé n’est pas entièrement connue et où les modèles de la facture de Burger sont rares ;

– le maintien de l’état actuel peut être défendu, bien qu’il ne s’agisse pas d’un état cohérent, ni sur le plan patrimonial, ni sur le plan musical.

Déjà dans une lettre adressée le 23 décembre 1969 au curé, le docteur Albert Raber exprima le vœu “que l’on pourra un jour redonner à votre orgue ses dimensions initiales, car il renferme tout de même encore beaucoup de matériel ancien. Techniquement cela ne nous pose plus trop de problèmes et cela a été prouvé magistralement tout récemment à Gries, Griesheim, Bouxwiller (église protestante), St. Quirin et la collégiale de Molsheim[1]  (toutes restaurations d’orgues Silbermann réalisées durant les années 1960 par Alfred Kern).

Lors de la précédente “restauration” de 1988, Marc Schæfer, technicien-conseil alors territorialement compétent pour l’Alsace, préconisa lui aussi, dans un avant-projet de travaux envoyé lé 25 novembre 1986, un retour à la composition de Silbermann, avec de nouveaux tuyaux de façade (alors que les anciens sont partiellement conservés à l’intérieur du grand buffet) et la conservation de la pédale existante. Mais ce projet de restauration ne fut pas retenu par les responsables locaux, qui préférèrent opter pour le projet présenté par Jean-Christophe Tosi, consistant en un relevage avec quelques jeux neufs à la Silbermann.

[1] Archives paroissiales, dossier “orgue”.

Les arguments en faveur de la restitution de l’état de 1743 peuvent être les suivants :

• Bien que majoritaire et très bien conservée, la tuyauterie de Silbermann a été systématiquement recoupée d’un ton. Sa taille est donc trop grosse d’un ton, ce qui pourrait lui conférer une certaine poésie, mais lui donne plutôt une certaine mollesse. Pas un tuyau de Silbermann ne sonne dans son harmonie d’origine, ce qui fausse totalement l’appréciation que l’on peut avoir de la facture de Silbermann.

• En raison de l’alimentation en vent et de la taille des gravures du sommier, la qualité du vent est très discutable. Dès que l’on tire plus de trois ou quatre jeux ensemble et surtout le Bourdon 16 dans le plein-jeu ou dans un mélange, le vent dépressionne fortement à l’attaque de l’accord, ce que même un auditeur profane peut bien entendre. Ce défaut congénital à lié à la facture même des sommiers et des portevents et ne peut être corrigé sans reconstruire les uns et les autres avec des sections mieux calculées. Le soufflet anti-secousses ajouté par Alfred Kern en 1954 n’a d’ailleurs pas réussi à améliorer la qualité du vent.

• En raison de la console indépendante et de la mixité des systèmes de transmission (mécanique suspendue au positif et non suspendue au grand-orgue), le toucher des claviers est assez grossier et ne permet pas de tirer tout le parti musical que l’on pourrait attendre de la tuyauterie du 18ème siècle. Si les claviers pris isolément ne sont pas trop durs, le toucher devient très résistant et quasiment injouable lorsque l’on tire l’accouplement entre les claviers.

• Force est de reconnaître que l’état actuel, hérité de la fin du 20ème siècle, est un état hybride et peu satisfaisant, avec une structure du milieu du 19ème siècle cohabitant avec des jeux refaits à la manière baroque comme le Nazard, la Tierce et le Cromorne du positif mais qui n’en font pas pour autant un orgue baroque.

• La reconstitution de l’état d’origine ne pose guère de problèmes, avec une part très limitée d’incertitudes : la composition d’origine est connue avec certitude, les archives Silbermann fournissent de nombreuses données, y compris les dimensions des sommiers et des soufflets, et nombreux sont les autres orgues de Silbermann qui pourront servir de modèles :

– Strasbourg, Ste-Madeleine (1719), pour les soufflets avec éclisses en chêne ;

– Altorf (1730), pour le pédalier ;

– Ebersmunster (1732), pour la console à trois claviers et pour la Trompette de récit ;

– Strasbourg St-Thomas (1741), pour la console à trois claviers et la Trompette de pédale ;

– Wasselonne (1745), pour l’écho (sommier et tuyaux) et pour la Trompette de pédale ;

– Saint-Quirin (1746), pour la console et notamment les étiquettes et pour l’écho (sommier et

tuyaux) ;

– Griesheim-sur-Souffel (1746), pour le sommier de pédale et la clôture de pédale ;

– Sundhouse (1750), pour la paroi arrière du positif et pour les étiquettes ;  

– Soultz-les-Bains (1762), pour le grand buffet et pour les soufflets ;  

– Châtenois (1765), pour la charpente des soufflets ;

– Gries (1781), pour le tremblant fort.

• L’orgue d’Eschentzwiller offre la dernière opportunité qui subsiste de restituer ce modèle d’orgues de couvent de quatre pieds et trois claviers. A Sundhouse, la trop faible hauteur sous plafond rend irréalisable toute tentative de restitution du grand buffet et à Altkirch il reste bien trop peu de reliquats, d’autant que l’orgue Rinckenbach qui s’y trouve présente également une indiscutable valeur patrimoniale.

• Alors que le dessin d’origine des buffets de Silbermann était un modèle d’élégance et de proportions, l’actuel buffet d’Eschentzwiller est indéniablement plus lourd et plus disproportionné et l’on ne peut que souhaiter un retour aux équilibres originels.