2017, le "R" de l'ARODE qui signifiait "Restauration" devient "Rayonnement". Cela correspond à la situation actuelle et future de notre association.

Introduction

Entre 1736 et 1783, Jean-André Silbermann, facteur d’orgues strasbourgeois de renommée européenne, ne construisit pas moins de 57 orgues neufs. Au sein de cette riche production, trois instruments, tous trois destinés à des couvents de sœurs dominicaines, se distinguent par leur composition à trois claviers dont le plus important basé sur une Montre de 4 pieds. Sur ces trois “orgues de poupées”, celui d’Eschentzwiller, construit en 1738 et 1743 pour le célèbre couvent des Unterlinden à Colmar et archétype du genre, est assurément le mieux conservé. Celui du couvent de Sylo a Sélestat a été pneumatisé à Sundhouse (où il est inscrit à l’inventaire des Monuments historiques) et de celui des Catherinettes de Colmar il ne reste que des fragments de buffets à Altkirch.

L’instrument a néanmoins subi les outrages des changements de goût, même si l’on n’est pas obligé de partager le jugement sévère de Meyer-Siat selon lequel il a été “honteusement malmené à l’ère des experts[1]. Autour de 1850, une importante reconstruction a vu la “normalisation” de l’instrument, avec un nombre de claviers réduit à deux, un grand-orgue établi sur une Montre 8 avec Bourdon 16 et une pédale reconstruite en seize pieds. Cette transformation, très mal documentée par les archives, est l’œuvre d’un facteur anonyme et probablement étranger à la tradition de la facture d’orgues alsacienne. Elle a longtemps été datée de 1895 et attribuée à Berger, ou parfois partiellement datée de 1793 et attribuée à Henry, mais dans les deux cas ces attributions et datations ne résistent pas à l’analyse et conduiraient à d’inexplicables anachronismes.

La commune d’Eschentwiller, relayant une demande de l’ARODE, a mandaté Christian LUTZ, technicien conseil auprès des monuments historiques, la réalisation d'une étude historique de l'instrument[2]. Cette demande ne consistait pas à étudier tous les partis de restauration possible, mais à se concentrer sur le retour à l’état d’origine, tel que Silbermann l’avait livré à Colmar. Vingt-trois ans après son dernier relevage, l’état de l’instrument est plutôt correct et ce n’est donc pas là ce qui vient justifier le souhait d’une nouvelle restauration. Le constat est plutôt que l’état “XIXe siècle amélioré” tel que l’a laissé la fin du XXe siècle ne rend guère justice aux qualités primitives de l’instrument, pas plus d’ailleurs qu’à celles des éléments du 19ème siècle, et que cet orgue, qui est probablement l’ouvrage de J.A. Silbermann le mieux conservé dans le Haut-Rhin après celui de Soultz, n’a aucun rayonnement musical. Avec sa mécanique assez rétive et sa soufflerie asthmatique, l’orgue d’Eschentzwiller fait un peu l’effet d’un pur-sang de course que l’on aurait attelé à une lourde charrette destinée à un cheval de labour.

Photo montage concernant le projet de restauration de l'orgue Silbermann


 [1] Meyer-Siat (Pie), Orgues en Alsace, vol. 1, inventaire historique, Strasbourg, 1985, p. 118.

 [2] Lutz Christian , Eglise Saints Pierre et Paul d'Eschentzwiller - Restauration de l'orgue Silbermann, étude préalable - 2013.