2017, le "R" de l'ARODE qui signifiait "Restauration" devient "Rayonnement". Cela correspond à la situation actuelle et future de notre association.

Tuyauterie

Les tuyaux de Jean-André Silbermann témoignent encore de la grande qualité de sa facture, avec du métal bien étoffé, martelé, des soudures larges et régulières. La hauteur des pieds est de 195  à 200 mm au grand-orgue, sauf pour le Cornet où elle de 170 mm, de 170 à 175 mm pour le positif, et de 145 mm pour les quelques tuyaux rescapés de l’écho. Ces tuyaux ont conservé leurs bouches d’origine, avec des lèvres supérieures non remontées et des biseaux dotés pour la plupart de leurs fines dents d’origine. Ils sont beaucoup moins abîmés que dans d’autres orgues Silbermann plus renommés. Mais tous les tuyaux ont été recoupés d’un ton et sonnent actuellement avec une harmonie trop flûtée. Les tuyaux de bois sont bien conservés, avec leur hauteur de bouche d’origine, leurs lèvres inférieures clouées et leurs tampons munis de cordelettes. Ceux qui sont entièrement en chêne sont restés en bois naturel, tandis que ceux qui sont totalement ou partiellement en sapin ont été peints, probablement par Berger.

Les tuyaux de Burger sont de facture artisanale un peu rustique. Le métal est très léger, les soudures sont fines et irrégulières. Les pieds sont assez courts, de 140 à 145 mm de hauteur. Les aplatissages sont très inhabituels à la Montre 8 2013 0036 th ou plus classiques à d’autres jeux 2013 0043 th. Tous les tuyaux comportent des marques à la pointe sèche, à l’avant du corps, avec l’indication de la note et du jeu. Les tuyaux de bois sont de facture assez traditionnelle, avec des lèvres inférieures clouées.

Les tuyaux mis en place par Alfred Kern en 1954 sont beaucoup moins respectueux des modèles de Silbermann que ce qu’il fera ultérieurement. Ainsi, les tuyaux à cheminées sont dotés de calottes mobiles alors que dans le même jeu les tuyaux anciens ont des calottes soudées. Les tuyaux livrés par son fils Daniel en 1989 sont plus proches des modèles anciens, sans être de véritables copies.

Dans le détail, la tuyauterie se présente ainsi :

Bourdon 8

Jeu de Silbermann (1743).

C-d en bois peint en brun, bouchés et postés. La face avant est en chêne, les trois autres côtés en sapin. Tampons d’origine avec cordelettes, lèvres inférieures clouées.
ds-c’’’ en plomb martelé, à cheminées courtes, avec calottes soudées. Le tuyau ds est marqué “3 hint: / Bourdon 8 p Positif”, mais pas d’origine.
Les tuyaux cs’’’-f’’’ sont aussi de Silbermann, ouverts, en plomb, coupés au ton, et proviennent probablement de la Tierce du positif, avec des pieds de 170 mm de hauteur.

Salicional  8

Jeu de Burger.

C-H en sapin peint en brun, postés sur les côtés. Tuyaux bouchés avec tampons situés très haut, à la limite de l’étanchéité. Manches des tampons gravés avec deux traits parallèles. Oreilles en bois, freins en métal.
c-f’’’ en étain, sur le sommier. c-f’ avec bagues mobiles en fer blanc, sauf ds et f à encoches d’accord, fs’ avec entaille de timbre et g’-f’’’ avec encoches d’accord. Oreilles jusqu’à f’’’. Marques “Sal” sur tous les tuyaux. Les marques de notes indiquent un décalage d’un demi-ton entre c et e’’ (par exemple b marqué h’) puis des tuyaux non décalés. Le tuyau c est marqué sur le corps en haut “C / Sal 8 p / Posetiv = Manl 2” et en bas “c pos / 7 hint”. Mais malgré cette indication, les marques de notes semblent indiquer que les tuyaux ont été confectionnés pour un Salicional 4 à l’origine. Les tuyaux munis d’encoches d’accord conservent la trace de l’accordoir et pourraient ne pas avoir été recoupés.

Principal 4 C-ds de Burger, en étain, dont C-Ds postés. Encoches d’accord.
C marqué “Princip. 4 p”. Pas de décalage.
e-c’’’ de Silbermann (1743), provenant de la Doublette du positif (e marqué “D” sous la bouche). Encoches d’accord puis coupés au ton.
e-c’ avec oreilles. Pieds de 170 mm de hauteur.
cs’’’-f’’’ de Silbermann, en plomb, provenant peut-être de la Tierce du positif, avec pieds de 160 mm.
Flœte 4

Jeu de Silbermann (1743).

C-D en chêne et sapin, peints en brun, bouchés et postés.
Ds-h en plomb, à cheminées, sur le sommier, à calottes soudées.
c’-c’’’ coniques, en plomb, coupés au ton, sans oreilles. Ce sont les seuls tuyaux coniques qui soient conservés de J.A. Silbermann.
Les tuyaux cs’’’-f’’’ sont aussi de Silbermann, cylindriques, en plomb, provenant peut-être de la Tierce du positif, avec pieds de 175 mm de hauteur.

Nazard 2 2/3

Jeu formé par Alfred Kern (1954) à partir de tuyaux de Burger provenant de deux jeux différents.

C-H en étoffe, à cheminées courtes, avec calottes soudées.
C marqué “g Rohrf 8 p.”, ce qui indique que les tuyaux proviennent de la Flûte à cheminée 8 du positif, supprimée par Kern en 1954.
c-f’’’ coniques, provenant peut-être de la Schweizerflöte 4, c marqué “g” ; c-c’’ avec encoches d’accord et fs’’-f’’’ coupés au ton.
Oreilles supprimées.

Doublette 2

Jeu d’Alfred Kern (1954), formé à partir de tuyaux d’occasion.

C-f’’’ en étain, C-h’ avec encoches d’accord et c’’-f’’’ coupés au ton.
Oreilles de C à gs’’. La plupart des tuyaux proviennent d’une “Vox celestis” de Walcker, avec aplatissages en plein cintre. Ces tuyaux sont issus d’un autre orgue, puisque la Doublette de Kern était déjà en place alors que la Voix céleste de Berger existait encore.

Tierce 1 3/5

 

Jeu de Daniel Kern (1988), construit à la manière de Silbermann.

Tuyaux en plomb, coupés au ton, avec des pieds de 195 mm de hauteur.

Cromorne 8

Jeu de Daniel Kern (1988), construit à la manière de Silbermann.

Corps en étain, pieds en étoffe, noyaux en olive, rasettes modernes.

Bourdon 16

Jeu de Burger.

C-h en sapin peint, bouchés et postés. Lèvres inférieures clouées.
c’-f’’’ en étoffe, à cheminées, avec calottes soudées. c’ marqué “Bourdon 16 p”.

Montre 8

C-F en sapin, de Burger, ouverts et postés.

Fs-ds’’ en façade, en étain, de Daniel Kern (2000). Pattes d’accord.

e’’-f’’’ sur le sommier, de Burger, en étain. Construction assez singulière, avec des aplatissages en demi-cercle en dessous mais aussi au-dessus de la bouche, mais on retrouve les mêmes aplatissages aux tuyaux de façade des petites plates-faces de l’orgue Burger de Laufon.

Bourdon 8

Jeu en grande partie de Silbermann (1738).

C-d en bois non peint, en chêne.
Tampons d’origine avec cordelettes. Lèvres inférieures clouées.
ds-c’’’ en plomb, à cheminées. Tuyaux de Silbermann, avec calottes soudées, sauf 7 tuyaux d’Alfred Kern, avec calottes mobiles.
cs’’’-f’’’ de Burger, en étoffe, à cheminées et calottes soudées.

Gambe  8 C et Cs en zinc, d’Alfred Kern (1954), ajoutés pour grossir d’un ton la taille des suivants, postés, coudés, avec entailles de timbre.
D-cs’ en façade , en étain, de Daniel Kern (2000). Entailles de timbre, oreilles et rouleaux en bois.
d’-f’’’ sur le sommier, en étain, de Burger, en étain, coupés au ton.
Freins ajoutés ultérieurement. Marques “Gamb.” d’origine.
Prestant 4 C et Cs en zinc, postés à l’intérieur, de Rinckenbach (1923).
D-a anciens tuyaux de façade de Silbermann (1738), aujourd’hui sur le sommier, avec aplatissages en triangle.
b-c’’’ en étain sur pieds de plomb, de Silbermann (1738), sur le sommier, sans oreilles.
cs’’’-f’’’ de Burger, en étain.
Flœte 4 Jeu en grande partie de Silbermann (1738).
C-a’’ et h’’ en plomb, à cheminées, avec calottes soudées, sauf 12 tuyaux d’Alfred Kern (1954), en étoffe, avec calottes mobiles.
b’’ et c’’’ de Silbermann mais ouverts, en plomb.
cs’’’-f’’’ de Burger, en étoffe, ouverts.
Quinte 2 2/3

Jeu de Silbermann (1738).

C-H à cheminées, avec calottes soudées, en plomb.
c-c’’’ ouverts, en plomb, coupés au ton, de Silbermann.
cs’’’-f’’’ également de Silbermann mais provenant peut-être de la Tierce du positif, avec pieds de 170 mm de hauteur.

Doublette 2

Jeu de Silbermann (1738), y compris les plus aigus.

C-f’’’ en étain sur pieds de plomb, coupés au ton.

Cornet 5 rgs

Jeu en grande partie de Silbermann (1738).

Tuyaux postés sur deux pièces gravées refaites par Burger. Postages en plomb, de Silbermann, sauf pour les tuyaux cs’’’-f’’’.
Tuyaux en plomb, avec pieds de 170 mm de hauteur.
Rang de 8’ à cheminées. 12 tuyaux de Silbermann (7 côté C et 5 côté Cs), avec calottes soudées, 18 tuyaux d’Alfred Kern (1954), avec calottes mobiles.
Autres rangs ouverts, avec encoches d’accord puis coupés au ton, avec tuyaux de Silbermann, sauf 2 tuyaux étrangers.
Les tuyaux suivants proviennent du Cornet d’écho, avec des pieds de 140 mm de hauteur :

– cs’’’, d’’’, ds’’’ et e’’’ du rang de 4’ ;
– d’’’, ds’’’ et e’’’ du rang de 2’ 2/3 ;
– d’’’, ds’’’, e’’’ et f’’’ du rang de 2’ ;
– fs’’, b’’, cs’’’, ds’’’, e’’’ et f’’’ du rang de 1’ 3/5.
 

Le tuyau c’’’ du rang de 1’ 3/5 est de Kern.

Fourniture 3 rgs

Jeu en grande partie de Silbermann (1738).

Tuyaux en étain sur pieds de plomb, coupés au ton. Marques d’origine gravées sous les bouches. Composition restée d’origine :

C c c’ c’’
1 1 1/3 2 4
2/3 1 1 1/3 2 2/3
1/2 2/3 2

cs’’’-f’’’ de Burger, en étain, coupés au ton.

Trompette 8

Jeu de Daniel Kern (1988), à la manière de Silbermann.

Pavillons en étain, pieds en étoffe, noyaux carrés pour C-H, à bagues pour c-f puis en olives. Rasettes modernes.

Subbass 16

Jeu de Burger.

Tuyaux bouchés en sapin peint, en grande partie postés. Bouches droites. Lèvres inférieures clouées, avec des freins en métal ajoutés pour certains tuyaux.

Principalbass 8

Jeu de Silbermann (1738).

Tuyaux ouverts en sapin peint. Lèvres inférieures clouées. Pieds tournés, avec notes marquées à l’encre par Silbermann, qui montrent que les tuyaux n’ont pas été décalés mais recoupés d’un ton. Languettes d’accord en métal.

Octavbass 4

Jeu de Burger.

Tuyaux ouverts en sapin. Lèvres inférieures clouées.

Trompette 8

Jeu de Burger.

Pavillons en étain, sans entailles de timbre. Pieds en étoffe. Noyaux en bois tourné pour C-cs puis en plomb, en olive.

Rigoles, languettes et rasettes anciennes, rasettes en laiton. Dans ses devis pour Chaindon[1] et Bassecourt[2], Burger précise de fait que ses rasettes seront construites en laiton. A Rodersdorf, les rasettes en acier ne sont pas d’origine.

Clairon 4

Jeu de Kern (1988), à la manière de Silbermann.

Pavillons en étain, pieds en plomb, noyaux à bagues pour C-F puis en olives, rasettes modernes.


[1] Gugger (Hans), Die bernischen Orgeln, Bern, 1978, p. 231.

[2] Cattin (Georges), Orgues et organistes de la Vallée de Delémont, Le Noirmont, 1995, p. 59.