2017, le "R" de l'ARODE qui signifiait "Restauration" devient "Rayonnement". Cela correspond à la situation actuelle et future de notre association.

Buffet

Pour le grand buffet livré en 1738, Jean-André Silbermann reprit un dessin qu’il avait élaboré deux ans auparavant pour l’église Saint-Louis de Neuf-Brisach et qui n’avait pas été suivi de réalisation. Mais l’idée d’une tourelle centrale à trois compartiments, si souvent développée par Jean-André Silbermann, était antérieure au projet de Neuf-Brisach, puisqu’elle figure déjà sur un projet de positif de dos dessiné en 1733, du vivant de son père, pour un orgue non identifié, et qui servit de modèle lors de la signature du marché de l’orgue de Soultz, en 1747. Mais de fait, l’orgue des Unterlinden fut en 1738 la première réalisation de cette structure tripartite, suivie en 1739 par l’orgue de Marbach, aujourd’hui conservé à Saint-Hippolyte, et en 1740 par celui de St-Thomas de Strasbourg. Cette structure à deux tourelles de quatre pieds encadrant une tourelle trilobée, dont le buffet des Unterlinden constitue l’archétype, fut plusieurs fois utilisée par le facteur strasbourgeois, au couvent des Dominicaines de Sylo à Sélestat (1750, aujourd’hui à Sundhouse), à St-Pierre-le-Jeune à Strasbourg (1762, aujourd’hui à Soultz-les-Bains), au couvent des Dominicaines de Guebwiller (1771, aujourd’hui à Walbach) et au couvent des Catherinettes de Colmar (1772). Il y eut également une variante en six pieds à Ettenheimmünster (1769), Riegel (1769) et Meißenheim (1772), avec sept tuyaux dans les tourelles latérales au lieu de cinq.

Quant au petit positif de trois pieds ajouté en 1743, il fut spécifiquement dessiné pour le couvent des Unterlinden et J.A. Silbermann précise qu’il a passé cinq jours à en faire les plans[1]. La même élévation fut encore utilisée pour les Dominicaines de Sylo à Sélestat et des Catherinettes à Colmar.

Un examen même sommaire des sculptures confirme que celles du positif, réalisées par Ketterer, sont d’une autre main que celles du grand-orgue, que l’on doit à Nahl. Mais elles sont toutes d’une grande finesse.

Des deux meubles, c’est le grand corps qui a été le plus transformé au milieu du 19ème siècle. Le meuble a été à la fois élargi par l’ajout de deux plates-faces supplémentaires et surélevé par la rehausse des tourelles latérales. La largeur de l’étage de la tuyauterie a ainsi été portée de 2982 mm à 4430 mm et les montants des grandes tourelles ont été portés de 1986 mm à 2300 mm.  Le soubassement a été en grande partie restructuré et il n’y a plus trace de la console en fenêtre. Pour parvenir à loger les tourelles rehaussées sous le plafond de l’église d’Eschentzwiller, le soubassement a perdu une partie de sa hauteur et la semelle de Silbermann, avec ses madriers de sapin posés au sol, a entièrement disparu.

Du buffet d’origine, il reste les éléments suivants :

– les quatre panneaux situés aux deux extrémités latérales de la façade du soubassement ;

– la ceinture du soubassement, élargie de 842 mm à gauche et de 835 mm à droite ;

– les deux parois latérales du soubassement, y compris les écoinçons, mais elles ont été diminuées en hauteur ;

– les tourelles latérales de l’étage de la tuyauterie, sauf les montants qui ont été remplacés pour être rehaussés ; les parois latérales des tourelles sont anciennes mais ont été complétées de deux petits panneaux supplémentaires pour augmenter leur hauteur  ;

– les jouées des tourelles latérales ;

– les petites plates-faces ;

– la tourelle centrale trilobée, avec ses décorations sculptées.

Les plafonds en sapin ont été posés par Kern, en 1989, de même que les épais panneaux arrière munis de poignées en fer.

Bien que vidé de ses tuyaux pour loger la console indépendante, le positif de dos est mieux conservé que le grand-orgue. La façade et les parois latérales ont gardé leur configuration originelle et la décoration sculptée est au complet. En revanche la paroi arrière n’est que très partiellement conservée, il reste les montants des tourelles. Les deux panneaux arrière des tourelles, dont celui de droite (vu de l’arrière) a été monté sur charnières, sont postérieurs à Silbermann. Les plafonds en sapin des tourelles sont d’origine, ceux de la plate-face centrale ont disparu.

Lorsque le positif fut transféré derrière le grand-orgue, avant 1853, la tuyauterie n’était pas protégée par un buffet et n’a jamais été enfermée dans une boîte expressive. Pour tenter de la préserver de la poussière, Daniel Kern ajouta en 1989 un plafond et une paroi arrière en sapin massif.

Bien que la clôture de pédale soit assez hétérogène, en partie en sapin et en partie en chêne, elle ne semble pas antérieure à la reconstruction entreprise vers 1850. Avant 1989, elle était complétée à l’étage de la tuyauterie par deux parois latérales de bois reliant le grand buffet au clocher .

Les tuyaux de façade ont été renouvelés en 2000 par Daniel Kern, en copie de ceux de Silbermann, avec écussons en triangle sauf pour les tuyaux centraux des tourelles, où ils sont en plein cintre. Ces tuyaux sont bien évidemment dépourvus d’oreilles, à l’exception de ceux de la Gambe 8 (plates-faces latérales du grand-orgue), qui sont dotées d’oreilles et de rouleaux.

Chez Silbermann, il n’y avait dans la façade du grand-orgue que 22 tuyaux sonores, tous utilisés pour le Prestant 4.

Lors de la transformation survenue vers 1850 :

– les tuyaux centraux des deux tourelles latérales ont disparu ;

– les autres tuyaux des tourelles latérales et ceux des plates-faces ont été ramenés à l’intérieur de l’orgue, pour le Prestant 4 ;

– de nouveaux tuyaux ont été confectionnés pour les grandes tourelles, attribués aux notes Fs-ds de la Montre 8 ;

– de nouveaux tuyaux ont été confectionnés pour les petites plates-faces, qui comptèrent dorénavant  8 tuyaux au lieu de 6 chez Silbermann, avec les plus graves vers le centre et non vers l’extérieur comme chez Silbermann ; ces tuyaux furent attribués aux notes c’-ds’’ de la Montre 8 ;

– de nouveaux tuyaux ont été confectionnés pour les grandes plates-faces, attribuées aux notes C-h de la Gambe 8 ; ces tuyaux ont été grossis d’un ton en 1954 par Alfred Kern : le plus gros tuyau de façade, ancien C, est devenu le D ;

– les tuyaux de la plate-face centrale tripartite sont probablement restés en place, mais les 8 tuyaux extérieurs ont été rendus parlants pour les notes e-h de la Montre 8.

La répartition actuelle des tuyaux de façade est ainsi devenue la suivante facade silberman actuelle th

Au positif de dos, les Spécifications conservées dans les archives Silbermann décrivent ainsi les tuyaux de façade (original en allemand)[2] :

P[ositif] Colmar Unterlinden
2 petites tourelles latérales

C Cs Quint ou selon le Prestant G Gs

D Ds D Ds

E F F F

2 plates-faces

selon la Doublette Cs D

Ds E F Fs G Gs A B

B B H H  c c cs cs

 

Plus loin, la composition du positif est ainsi donnée[3] :

– Quint en façade

– Bourdon

– Flutte

– Doublette

– Tierce

– Trompette

Ceci laisse supposer que seule la Quinte avait des tuyaux en façade, et l’on aurait alors la disposition suivante eschentzwiller positif th

Mais on ne comprend pas très bien pourquoi le plus gros tuyau de la plate-face, qui est prévu avec le diamètre de la note Cs de la Doublette et devrait donc sonner Fs pour la Quinte, est utilisé pour la note B, soit deux tons plus haut. On peut aussi poser l’hypothèse que seules les tourelles étaient destinées à la Quinte et que les tuyaux des plates-faces étaient utilisés pour les quatre premiers tuyaux de la Doublette, ce qui serait cohérent avec le fait que le premier tuyau sur le sommier de la Doublette 2 était le premier mi (cf. infra l’analyse du Prestant 4 du positif).

L’accès à la pièce gravée des plates-faces devrait permettre de vérifier quels tuyaux étaient alimentés à l’origine et lesquels sont toujours restés des chanoines.

Actuellement, tous les tuyaux de façade du positif sont bien entendu des chanoines mais sont dotés de biseaux et pourraient être mis en son.


[1] Das Silbermann-Archiv, p. 469.

[2] Das Silbermann-Archiv, p. 439.

[3] ibid., p. 460.